mercredi 21 août 2019

L'enfer des légumes

Voici la dernière née de mes fabulettes. Parfois la morale n'est pas ce qu'on attend de l'apologue, mais toute comparaison avec quiconque ne serait que fortuite...



L’enfer des légumes


Un petit champignon très vénéneux
Lassé d’être un pestiféré
Se pointa dans un potager
Pour ne plus être chagrineux.
De ces légumes il enviait la chance
D’avoir autant de soins ;
Il appréciait la déférence
A cultiver leur embonpoint
Pour lors de l’âge mur
Faire les honneurs de la table.
Au pied de sa ramure
Passa un escargot irréfragable :
« - Ce potager que tu crois paradis
Est jardin de supplices ;
Ce qui te parait n’être que délices
Est une antichambre à l’enfer. J’ai dit ! »
L’amanite douta.
Le gastéropode ajouta :
« - La décollation du poireau,
L’écrasé de tomates,
Le petit pois arraché tout marmot
Pour devenir reclus perpétuel en boite,
Les légumes du pot-au-feu pour les convives
Précipités dans l’eau bouillante,
La pomme de terre et la carotte flambante
Chacune écorchée vive,
Le persil et les échalotes
Trépassés au fil du hachoir !
Est-ce ça tes envies de chiotte
Finir dans l’écumoire ?
Le champignon épouvanté
Regagna sa forêt.
Pour être tranquille, mieux vaut être mauvais
Ce sont les bons qui sont mangés.


dimanche 18 août 2019

Cri d'amour

Ces derniers vers en souvenir de la mer qui me manque... mouvante et bruissante d'un vagissement constant ininterrompu.




Cri d’amour


Océane senteur
Aux fragrances aimées
Comme l’huitre et l’oursin
Qui s’embrassent
Et s’insèrent
Sur la mer, enchaînés
Par leur abouchement ;
En un souffle de vent
Et suspension du temps
Je caresse ce sein
De cette onde baignée
Le presse de culture
Comme perle nacrée
Sève marine
A l’écume de jouvence
D’une foi débridée
Nourriture idyllique
D’un estran inondé
Aux confins d’une vasque
Aux abords argentés
Commissure entrouverte
Comme issue de secours
Découverte
Aux amours déchaînées
De l’amer ventriloque
Quand la mer se disloque
Aux criques pénétrées
De l’esquif amarré
En flux et en reflux
Vifs ou interminables
De dragues à marées
Par vagues mugissantes
Assouvies de plaisir
Par leurs secousses humides
Dans ce râle de bonheur
Au fond du bel abysse
Explosant les parois
Des falaises adjacentes
De frémissants tremblements
D’intensité croissante
Jusqu’au total abandon
Perdu dans la tempête
Part un dernier S.O.S.
Stimulant la défaite
Du mât qui va plier
Emporté dans le gouffre
Qui l’en a tant prié.






jeudi 15 août 2019

Le peintre de l'amour

Où réside la beauté sinon dans les Arts ? Pour l'amour y trouver...
A en être touché et troublé pour délivrer ces heptasyllabes.



Le peintre de l’amour


Je rends hommage à l’artiste
Qui fait naître l’arc en ciel
Par un long geste altruiste
Et sa caresse de miel
Illuminant son idylle.
Dans l’univers immobile
Sur une mélopée douce
Son azur éclaboussé
Des talents de la frimousse
Contribuent à son succès.
Il fait surgir une à une
De scintillantes étoiles
Qui sont baisers pour la lune
De son égérie sans voile.
Sûr, il pointe l'horizon,
Du long pinceau souple et fort
Qui vit, glisse et glisse encore
Excitant l’exhalaison
Larmes de joie ou de sang
Volute en folle arabesque
Jusqu’à la jouissance ou presque.
Les tons vifs opalescents
Mêlés à tourner la tête,
Le pinceau fou emporté
Dans ces vives pirouettes
Ornent l’esquisse en beauté.
Le temps passe à folle allure
Sur le destin de la vie
Sur le dessin de l’envie
Quand bien même la peinture
En alanguit l’asservi
Les amours se font la voile
Et la solitude est nue ;
Lors le peintre continue
Inlassablement sa toile.