vendredi 18 janvier 2019

Au diable le jaloux

Un apologue impliquant cet animal si méconnu, que l'on ne trouve pas dans les fables, j'ai nommé l'ornithorynque.


Au diable le jaloux

Dans l’hémisphère sud, au pays d’Oz
Un diable de Tasmanie veut trouver ami
A berner et pour ça il ose
Affronter l’infamie.
En cheminant il n’en croit pas ses yeux
En croisant un ornithorynque
Une étrange bestiole au genre ignominieux
C’est sûr ! Cette bête à Dieu, il faut qu’elle trinque.
« - Belle fourrure l’ami ! » l’interpelle-t-il
« Votre style est vraiment subtil… »
Qu’on lui porte ainsi intérêt
L’idiot était plus heureux que jeanfoutre.
« - J’ai la pelisse épaisse et des pattes de loutre
Un bec de canard affairé
Une queue de castor
Pour un fantasmagorique corps pondeur d’œufs. »
Un horrible monstre ! Pensa très fort
Le diable quémandeux.
Lors marchant tous deux sur la plage
Ce nouvel ami, lui hurle tout d’un coup : « - Stop ! »,
Le marsupial surpris voit sortir du feuillage
Un superbe mandarin et s’écrie : « - C’est top !
Ça c’est un vrai et beau canard ! »
Grave erreur de sa part.
Comparer le mammifère pondeur
Qui cherchait à le prévenir
D'un trou ouvert devant lui à périr
Etait franchement brocardeur.
Explications futiles
Concours de circonstances
Et autres palinodies inutiles
Pour faire repentance
Demeurèrent fortuites
Menant in fine vers la catastrophe
De cette folle jalousie induite.
C’est suite à l’apostrophe
Que l’étrange bête à l’allure de reptile
Avec sur les côtés du corps, pattes agiles
Munies d’aiguilles venimeuses
Se montra dangereuse.
Tout blesse le jaloux et rien ne le guérit
Le faisant bien plus méchant qu’un chien enragé
La vraie chimère de vie, outragée
Jeta le diable aux enfers pour sa lourderie.
Le malheur n’entre guère en sorte
Que lorsqu’on lui ouvre la porte.



mercredi 16 janvier 2019

La dernière nuit

Lorsque l'on ne se situe plus dans le temps...




La dernière nuit

Je n’ai point dormi, d’insomnie aliénatrice
Emporté dans les étoiles par des milliers de désirs
Vos doigts agiles pianotant sur ma peau adulatrice
Les martellements de nos cœurs affamés de plaisir
Je me suis enchaîné en rugissant.

Comme un fétu de paille brimbalé par l’autan
Je me lovais dans la chaleur de votre gorge
Porté par le délire fol d’une averse d’embrassades d’amant
Bien avant que votre partance ne m’égorge
Je me suis déchaîné en criant.

Au croisement de regards embués de larmes
D’un excès de joie à taillader les mors, à raviver la mine
J’ai perdu la boussole vacillant au bonheur qui désarme
Pour vos appas en fleur en ravivant l’étamine
Je me suis aliéné en râlant.

Vous priant d’ester en votre âme faveur de luxure
Susurrant à l’oreille le sabir de l’ivresse
Cherchant sur vos lèvres à mordiller les commissures
Pour les ouvrir en vain à ce baiser de lointaines caresses
Je me suis détaché en gémissant.

J’ai tant pleuré jusqu’à sangloter d’infortune
Au souvenir de vos effluves à l’arrogante fragrance
Je n’ai plus compté les soupirs de jouissance opportune
Enflammant les chairs d’un cœur chaviré en transe
Je me suis asservi en vagissant.

Revoyant dans l’éclat de vos yeux de braise
Volupté dévoilée sur le miroir de ma mémoire
Hébété des affres du silence assourdissant du malaise
De votre absence et de ces émotions stimulant le désespoir
Je me suis libéré en hurlant.


lundi 14 janvier 2019

Le Héron et les poussins

Le fabuliste au fil du temps peut s'inspirer des événements... pour autant la sagesse de mise reste souvent à trouver au fil de l'apologue.



Le Héron et les poussins

La Renommée comme parole en l’air
Avait dit dans l’urne alentour
Qu'un certain Jupiter, héron de haute-cour
Devenait le maître de l’horloge solaire
Fustigeant les derniers patrons du poulailler.
Toutes les poules se mirent à piailler
Quand toute la basse-cour en Cassandre
A ses pieds s'allât rendre.
De joie le nouveau chef en hue
Tant de becs à plumer, et tant de nids à tondre
Que d’œufs, que de poussins à pondre
Aux fientes il faut qu’il s’évertue.
Le héron et ses sbires
Mettent en place pratique
A vouloir estourbir
Tous les poussins de la bourse publique.
Il se crût, il se prit, pour nouveau roi du monde
Ne vit pas que ça caquette grave à la ronde.
Vu que s'il ne prît tout,
Bigre, il n’en resta pas bésef
Tous les déshérités, faisans, oies, pies, hiboux
Lui en tinrent grief.
Les poussins piaillent et se blottissent
Fragiles à s’étouffer ou s’écraser
Et puis en nombre ils s’enhardissent
Et font bloc à voir la volière s’embraser.
Sénèque avait mis par écrit
Que la preuve du pire c’est la foule.
Dès lors la volaille révoltée se défoule
Dit au héron ce que l'on voulait qui fût dit.
La flopée sait et comprend tout
De l’instinct, pas de la pensée.
Plus elle est sotte et plus elle risque tout
Disant que tout le peuple est offensé.
L'un l'autre s'opposant, ne font pas leurs affaires
Quel que soit le maître de l’Univers.



samedi 12 janvier 2019

Un verre et contre tous

Parfois le questionnement pousse à s'évader en se laissant porter par les mots, les rimes, la comédie... Au fait sinon des glaçons, combien de poètes dans mon verre ?



Un verre et contre tous


Faire des vers
A quoi ça rime ?
Faire des rimes
A quoi ça sert ?
Se faire du bien
Ça ne rime à rien !
Voir sur la mer atone
Un marin beau aphone
Scrutant un albatros
Dans les lambeaux de l’air
A la recherche de Minos
Dans une arène en laine de verre
Est-ce bien nécessaire ?
En quoi le bel Apollon
Comptant ses pieds pour un arpion
Espère la terre ferme ou un pré vert ?
Et pourquoi pas le Clos-Lucé
En chantant Musset,
Enchanté d’Apollinaire
Jusqu’au fond des enfers ?
Puis boire un verre plus tard
En écoutant Ronsard
Se rebeller après la rose
Au débotté de violents sonotones
A la sono des Stones
Qui grimera l’arthrose
En piaillant à gorge déployée
A y laisser son sang
Avec un abscons regard absent
Clopin-clopant
Chopin chopant
Pour sortir de ses gonds.
Alors ferré dans un haras moribond
A crier Hue et Go
Aux chevaux gris du poète
Aux cheveux blancs de l’analphabète
Tirant l’écheveau des rimes dans la tête
Imageant Icare, qui se brûle au soleil astral
Je boirai un Ricard pour rafraîchir mon madrigal.