mardi 19 mars 2019

Le persécuteur

Une fable sur les mauvaises rencontres et leurs conséquences extrèmes...



Le persécuteur

Après son hivernage un escargot aigri
Redevient aigrefin,
Pratiquant sans ambages l’embargo des esprits
De pauvres en chagrin.
Une scolopendre affolée heurte sa grâce.
Il en bave de rage ;
Lui montre ses cornes pour lui porter la poisse
Puis lui tient ce langage :
« Pour marcher quelle patte mets-tu en premier ? »
L’autre n’y pensait pas.
Lors elle s’emmêla les mille à louvoyer,
Que chute la sapa.
Sur le dos incapable de se retourner
Le myriapode en proie
Facile, devient l’appât d’un geai acharné
Qui de son bec le broie.
Familier des tombes l’escargot se débine
Vers d’autres malaisés.
Dans la vie attention aux rencontres qui minent
Et peuvent nous briser.




samedi 16 mars 2019

A dos les sangs

Ce poème chuchoté au bord de la falaise des déprimes, par des vents où ma mie (mamie) m'appelle...



A dos les sangs

Je te chuchoterais des paroles
Qui ravivent les âmes
Si tu me retiens
Pour que je ne me ronge plus
Les sangs aux senteurs
De l’heure de ce fol émoi
Je te glisserai mon obole
Vers ta sébile d’à propos
Qui ravivent les flammes
Si tu me gardes
Comme l’ombre de ta vie
délaissée au jour le plus long
D’un profond désarroi.
Je te susurrerai ces babioles
Qui ravivent les femmes
Si tu me conserves
Dans le temps de ces fièvres
Languissant plus de mille histoires
Pour masquer nos effrois
Je te baiserai les aréoles
Comme fleurs et corolles
aux vertiges de tes reflets d’ivoire
Si tu me désires
Encore et encore
De l’autre côté du miroir
Lorsque tu avais froid.
Je te chanterai les farandoles
Les plus folles
Si tu me couches
En ton lit de l’âme de tes yeux
Buvant aux larmes
D’un bonheur détrempé d’adieux
Et riant du preux chevalier
Pour ce baiser ardent
Volé chaud et enivrant
Au brasier de ton cœur
Dans une étreinte d’éternité.



mercredi 13 mars 2019

Chasseurs sans fin

Voilà cette toute dernière fable sur instinct et destin...



Chasseurs sans fin

La lune indifférente
Grimpe lentement dans la nuit obscure
Rendant plus éclairantes
Paroles échangées de pourceaux d’Epicure.
« - On se ressemble tant », dit au Maître Hibou,
En le filochant, un chat noir au grand bagou,
Avec gros dos et patenôtres.
« - Hormis mes griffes acérées autant qu’un matou
Mais qu’aurais-je donc tant qui ressemble au minou ?
Pour cette absurdité faut-il que je me vautre ? »
« - Mais vos gros yeux dorés comme les miens
Qui sondent les ténèbres
Tête ronde, oreilles fines des Egyptiens
Qui nous rendent célèbres
En semblant sommeiller, pourtant ne sont que feinte.
Veilleurs de nuit on effraie sans autre complainte
Du soir que ces petits cris terrifiés
Des craintes de nos futures victimes. »
«  - Que d’ombres noircies sacrifiées
Pour vos appels au crime ;
Bonne chasse remplit le ventre
Quand la vôtre ne jouit que de la prise !
De l’amour de la haine vous êtes le chantre
Vos minauderies sont de mauvaises emprises,
Et nuisent au bon aloi du mangeur de chagrin
Comme vos ronrons de requin !
Je me méfie de vous
Et vous défie de me sauter au cou !»
« - Mais ne faut-il pas suivre son instinct
Pour seule vérité ?
Seul le génie réside dans l’instinct !
Voilà pourquoi je suis idolâtré. »
« - Mieux conviendrait conscience et puis sagesse
Car l’amour donne vie et la haine la mort
Chat miné de détresse ! »
En défendant leurs vies, ces deux coquefredouilles
Restèrent ce jour-là de vrais chasseurs bredouilles.
La vie est comme un conte
Ce n’est pas sa longueur, mais sa valeur qui compte,
Chasser sans ne rien prendre
C’est bien comme lire et ne rien comprendre.
La lumière inspirante
Du soleil se déploie tendrement sur la nature
Rendant plus lancinantes
Paroles assourdies aux sujets de Mercure.