samedi 10 février 2018

La chouette et le chien abandonné

Difficile de supporter l'abandon des chiens dont le nombre ne cesse d'augmenter...








La chouette et le chien abandonné

La nuit noire est une noyade
Sans angle et sans matière ;
Pour lire dans la pléiade
Certains ont des œillères.
Aboyant à la lune
Un chien peu astronome
Voit se percher une chouette brune
Quelque peu autonome
Qui l’effraye sur l’instant.
« -Veux-tu que je t’indique ton chemin ? »
Quémande l’oiseau de nuit chuintant.
« - Mon maître est inhumain »
«  - Tout dépend sous quel angle ? »
« - Il m’a abandonné attaché par la sangle
A cet endroit adjacent si noir
Qui vous sert de perchoir. »
« - Le chien, sans vous montrer obtus
J’attends esprit plus ouvert
Malgré vos cris aigus :
Qu’avez-vous fait de mal qui vous vaut ce calvaire ? »
« - J’étais si content de partir en promenade
Que je sautais de joie, ma queue dans tous les sens
J’ai cru à la turlupinade
Quand il me garrotta évoquant ses vacances ;
 J’étais dévoué, plus que je n’eus voulu l’être
J’aurais pu donner ma vie pour mon maître
Non la perdre bestialement.
Noir est mon firmament !
Captif ne voyant plus d’étoile
Le destin voudrait-il que j’en rage ? Aidez-moi. »
« - Si tu as rompu l’os c’est pour trouver la moelle
Maîtriser tes émois :
Sous l’angle où tu les examines
Évite l’angle mort,
Choisit le bon angle, imagine
Celui qui te rendra plus fort
Les jérémiades sont chimères
Reste droit et d’équerre
Vérité et fidélité
Sont à égalité. »
A peine eut-elle achevé son oracle
Pour sauver le chien du trépas
Qu’elle fit un quart de cercle abrégeant le spectacle
Voletant et faisant trois pas
Pour observer la sangle
Et prendre le bon angle
En quelques coups de bec, cisailla la lanière
Libérant le chien pas peu fier.
Rien de pire dans l’abandon
Que la lâcheté de la trahison
Quand la vie nous instruit
Est sage celui qui connaît autrui ;
Contrairement au chien en somme
La fidélité manque trop souvent à l’homme


lundi 5 février 2018

A l'arbre de mon univers

La poésie serait l’art le plus complet, selon Théodore de Banville : « La poésie est à la fois Musique, Statuaire, Peinture, Éloquence ; elle doit charmer l’oreille, enchanter l’esprit, représenter les sons, imiter les couleurs, rendre les objets visibles, et exciter en nous les mouvements qu’il lui plaît d’y produire ; aussi est-elle le seul art complet, nécessaire, et qui contienne tous les autres ».
Je crains qu'elle ne reste que l'expression de sentiments personnels...



A l’arbre de mon univers

Étêté du houppier qui capte la lumière
Je jouis de ce géant aux puissantes racines
L’érable nain planté par moi à l’origine
Va revoir la saison des branches thurifères

La belle affaire ce somnifère de Déméter
Défoliation d’arbre de vie qu’elle assassine
De ses automnes au vent qui manient la houssine
Pleurant sa filiation chaque hiver aux enfers

Comme lui, triste l’hiver, je pense au soleil
Gai l’été, de regain il me porte conseil
Rassuré que jamais son ombre ne me quitte

Avec lui je renais étouffant ma détresse
Bâillonnant les amours de Coré et Hadès
Sans l’ombre d’un doute aux lumières qui m’habitent


dimanche 4 février 2018

Chemin de croix

L'évocation du chiffre 4 est tellement intéressante et si hautement symbolique...
Quelques rimes insomniaques... dans le noir.





Chemin de croix

La pluie qui frappe les chenaux
De ses sourds cliquetis
L’oubli qui drape les soucis
De son si lourd fardeau
Offrent à la vie présente
Un esseulement d’isoloir

La flamme qui brûle les sarments
De son doux crépitement
L’infâme qui hurle pour envoûtement
Du vaudou le serment
Greffent à cette âme émergeante
Un étouffement de l’espoir

Le vent qui agite les branches
De son lent bruissement
Le ferment qui cogite dans le sang
Des allants de revanche
Vantent des pensées gisantes
Un achèvement d’étouffoir

La nuit qui trouble l’espérance
De ces odieux cauchemars
L’ennui qui double le brouillard
De ses sombres silences
Prônent de la santé souffrante
Cet allégement illusoire.